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Les Pays d’en haut

L’authenticité avant tout

Par Myriam Kessiby / January 25, 2017 / Publié dans : Succès canadiens

Pour qui vit au Québec, il est presque impossible de ne jamais avoir entendu parler d’Un homme et son péché (Les Belles Histoires des pays d’en haut). Ce roman de Claude-Henri Grignon a été décliné de mille et une façons : d’abord diffusé en radioroman pendant plus de 20 ans, puis adapté en téléroman dans les années 50 et 60, mais aussi présenté plusieurs fois au cinéma, au théâtre, et même en bande dessinée. Un demi-siècle plus tard, les rediffusions de cette série culte continuent d’attirer des cotes d’écoute impressionnantes. Le triangle amoureux entre l’avare Séraphin Poudrier, la belle Donalda Laloge et le séduisant Alexis Labranche a été revu maintes et maintes fois. Pourtant, il y avait encore place à un regard nouveau sur cette histoire ancestrale.


Le marchand Lacour (Pierre Mailloux) et Ovide Ruisselet (Michel Charrette). Photo par Bertrand Calmeau.


Corriger l’histoire

Pour Dominique Simard, directrice générale et financière chez Encore, tout a commencé il y a 5 ans, lorsqu’elle a joint cette équipe de production : « Lorsque je suis arrivée, le président et chef de la direction François Rozon m’a mentionné que son plaisir coupable, c’était Les Belles histoires des pays d’en haut. Il était passionné de la terre et de l’histoire du Québec, et il avait un rêve; celui de refaire cette série de la façon la plus réelle possible, en montrant comment les gens vivaient vraiment en 1880, dans les Laurentides. »

L’auteur de la série actuelle, Gilles Desjardins, a dû faire un travail de recherche colossal pour la dépoussiérer et la nettoyer de ses influences externes. En effet, comme la politique et le clergé avaient beaucoup d’importance dans les années 50, et que Claude-Henri Grignon était un homme bien de son temps, le téléroman devait d’abord et avant tout véhiculer certaines valeurs, sans nécessairement être collé sur la réalité du 19e siècle. Selon Gilles Desjardins, le téléroman original présentait donc des modèles de la société selon un idéal qui correspondait aux influences religieuses et politiques des années 50, et non à la vie de nos ancêtres.

C’est pour cette raison que, dans la version originale, Donalda était toujours douce, bien mise, avec un chignon bien fait : « Elle avait été modelée par le clergé et la politique pour être à l’image des femmes qu’on voulait avoir au Québec : dévouée, aimable, qui ne parle pas. Mais la réalité, c’est qu’en 1880, les femmes d’ici devaient être fortes, sinon elles ne survivaient pas. Elles géraient l’argent, s’occupaient des enfants, des champs, du bétail, de la maison, de tout! Ces femmes étaient courageuses et solides! » souligne la directrice générale. D’une certaine façon, Gilles Desjardins a non seulement redonné les couleurs originales à l’histoire de Claude-Henri Grignon, mais il a aussi réhabilité une partie de l’histoire des femmes au Québec.


Un objectif commun

Il a fallu rallier toute une équipe autour de ce projet pour que la série puisse voir le jour :
« Au départ, on a contacté Pierre Grignon, neveu de Claude-Henri Grignon, puisqu’il détient les droits de cette histoire. Il ne s’est pas opposé à notre idée de refaire une version plus réaliste des Pays d’en haut. Au contraire, il était simplement heureux qu’on veuille, nous aussi, faire perdurer cette histoire dans le temps. »


Le curé Antoine Labelle (Antoine Bertrand) et quelques personnages de la série. Photo par Bertrand Calmeau.

Les producteurs, François Rozon d'Encore Télévision et Sophie Deschênes de Sovimage, ont présenté leur idée de la même façon à Radio-Canada : « Ça n’a pas été long avant qu’ils acceptent notre concept de version hyperréaliste, au goût du jour. C’était un pari risqué, mais ils savaient qu’il y avait une équipe solide en arrière. Avec l’excellent auteur Gilles Desjardins, et le talentueux réalisateur Sylvain Archambault, ça donne un bon résultat. Chacun a ses forces précises à sa place, alors tous les morceaux du casse-tête se sont attachés merveilleusement bien, très rapidement. » Et le pari a été gagnant avec 1,6 million de téléspectateurs et de nombreuses récompenses.


Dans les moindres détails

Les défis à surmonter étaient grands, comme l’explique Dominique Simard : « À vrai dire, on était morts de peur de faire ce projet-là! Mais on ne pouvait rien faire d’autre que d’y mettre toute notre passion, toute notre énergie et tout notre cœur. Il fallait que ça marche. » Un peu à l’image de nos ancêtres, l’équipe de production a été confrontée aux caprices de la nature, même en plein été : « Pour la première saison, l’équipe a tourné de mai à juillet 2015 et il a plu presque chaque jour de tournage. Les membres de l’équipe enfonçaient littéralement dans la boue! Et comme la série était filmée en partie dans la forêt, ils étaient couverts de mouches noires! C’était complexe du point de vue technique, mais finalement, ç’a aidé au niveau du réalisme : les vêtements des personnages étaient sales pour vrai! » 


Le réalisateur Sylvain Archambault. Photo par Bertrand Calmeau.

À travers les aléas de la température, l’équipe de direction artistique a aussi su donner vie à l’ambiance de 1880 : « Il a aussi fallu recréer un site complet où on ne voyait pas de fil électrique, avec des maisons d’époque. Chaque accessoire, costume, couleur, datait précisément de cette période-là. Par exemple, chaque article du magasin général est authentique. Ça pourrait carrément être un musée! Rien n’a été laissé au hasard parce qu’on avait le souci de recréer quelque chose de vrai, au complet. Les artisans ont fait un travail extraordinaire! » 

Et le résultat fait l’envie des producteurs internationaux : « Lorsque je présente des extraits de la série aux gens de l’international, ils voient le travail fantastique qu’on arrive à faire au Québec avec de très petits budgets. Ils sont impressionnés par la qualité du produit, la facture visuelle, la beauté de l’image. » D’ailleurs, la diffusion des Pays d’en haut est déjà prévue sur TV5 Monde, en plus d’une distribution possible à travers la planète via France Télévision Distribution.


Dominique Simard, directrice générale et financière chez Encore. Photo par Bertrand Calmeau.


Une histoire, la nôtre

Pour Dominique Simard et son équipe, le désir d’exposer notre passé tel qu’il l’était, quitte à devoir altérer un monument de la télévision, a été plus fort que tout : « Se faire raconter notre histoire, la nôtre, dans une région difficile, avec notre climat, c’est passionnant. Des histoires de persévérance, d’espoir et d’amour par-delà les défis et le froid, c’est toujours fascinant, parce qu’en fin de compte, c’est l’histoire de nos grands-parents qui se sont battus pour survivre. C’est en nous. Ça vient donc nous chercher de toutes les façons. Je suis fière qu’on ait pu montrer aux jeunes d’aujourd’hui ce qu’était la vie au Québec, à l’époque, de façon totalement réelle, non romancée, et authentique. Et la belle surprise, c’est que des enseignants d’histoire parlent de la série à leurs étudiants. C’est signe qu’ils jugent que c’est fidèle à la réalité et que c’est un apport positif à la culture québécoise. »

Lorsqu’on regarde le parcours impressionnant de Dominique Simard, qui a passé du journalisme, à l’humour puis aux séries dramatiques, on peut se demander quel est ce fil conducteur qui l’a éventuellement mené vers Les Pays d’en haut. Sa voix pétillante et son énergie sont à l’image de sa réponse : « Ce qui m’allume, c’est travailler avec des gens passionnés… tout le temps. »

La saison 2 de la série Les Pays d’en haut est diffusée sur les ondes d’ici Radio-Canada télé. D’ici là, vous pouvez la suivre sur Facebook, sur Twitter et sur leur site officiel. La saison 1 est aussi offerte sur DVD, sur Tou.tv et sur iTunes.